En 1961, le sigle EPS surgit dans les textes officiels, imposant peu à peu sa marque au détriment des anciens termes de « gymnastique » ou « exercices physiques ». Le mot ne s’est pas contenté de rebaptiser une pratique : il a accompagné une profonde mutation des approches et des ambitions, reflet des turbulences politiques et sociales du siècle passé.
L’expression « éducation physique et sportive » n’est pas née d’un simple effet de mode. Elle incarne l’équilibre trouvé, parfois de haute lutte, entre visions médicales, ambitions pédagogiques et idéaux républicains. Au fil des décennies, chaque courant a tenté d’imprimer sa marque, dessinant une trajectoire faite de compromis, d’influences croisées, de revirements inattendus. L’histoire de l’EPS, ce sont les débats, les réformes, les choix qui, tous, disent la manière dont la société envisage le corps, la jeunesse, et la citoyenneté.
Aux origines du mot EPS : ce que révèle son histoire
Remontons au XIXe siècle. À cette époque, l’origine du mot EPS s’inscrit dans un contexte où l’éducation physique se confond surtout avec la gymnastique militaire et les exercices d’hygiène. L’objectif ? Forger une nation solide, en pleine construction républicaine. Il faudra patienter jusqu’aux années 1960 pour voir la notion d’éducation physique et sportive s’imposer, dotant l’école d’une discipline à part entière, qui prend ses distances avec la simple préparation militaire ou sanitaire.
Le terme « EPS » n’est pas le produit d’une génération spontanée. Il s’est façonné au croisement d’influences multiples. L’archéologie de l’éducation physique, les recherches de Jacques Gleyse, entre autres, éclaire la manière dont se chevauchent courants hygiénistes, militaires et pédagogiques. L’EPS ne s’est pas contentée d’une existence officielle : elle a suivi l’évolution de la société, marquant chaque époque d’un rapport nouveau au corps, à l’école et à la République.
Voici quelques repères pour mieux comprendre comment ce champ s’est construit :
- La discipline EPS se nourrit de la dynamique républicaine, au moment où la France pose les bases de ses institutions éducatives au XIXe siècle.
- Durant les années 1960, le sport rejoint formellement l’éducation physique, porté par l’ambition de moderniser l’école et de diversifier les apprentissages.
L’ouvrage collectif « Histoire culturelle de l’éducation physique » (Vigot, Paris, 1997) redonne toute la complexité de cette trajectoire. D’après Jacques Gleyse, l’histoire de l’éducation physique n’est pas un simple catalogue de méthodes. Elle reflète une société qui place le corps au cœur de ses attentes éducatives, sanitaires et civiques.
Pourquoi l’éducation physique et sportive s’est imposée à l’école ?
L’arrivée de l’éducation physique sportive dans les écoles n’est pas le fruit du hasard : elle répond à des attentes multiples. Les premiers textes du ministère de l’éducation nationale mettent l’accent sur la formation de jeunes équilibrés, robustes, aptes à affronter une société en mutation. Dès sa création, l’EPS porte la promesse d’un projet républicain, valorisant la santé, l’esprit collectif et l’apprentissage du vivre-ensemble.
Avec le temps, la manière d’enseigner l’EPS évolue nettement. On tourne peu à peu le dos à l’approche militaire et hygiéniste du XIXe siècle. Place à une vaste palette d’activités physiques, sportives et artistiques. Il ne s’agit plus de viser la seule performance : aujourd’hui, le sport scolaire devient un levier pour le développement personnel et l’apprentissage de la vie en groupe. Les années 1960 marquent ce tournant déterminant, intégrant la diversité des pratiques et une nouvelle attention portée aux besoins de chaque élève.
Les conséquences de ce mouvement se remarquent à travers différents aspects :
- La mise en place de l’EPS accompagne l’ouverture progressive de l’école à tous les jeunes.
- Les objectifs de l’éducation physique s’étendent : prévention, éveil corporel, sens du collectif, capacité d’analyse s’imposent dans la pédagogie.
La présence de l’EPS dans la société française traduit l’évolution de la relation entre le corps, l’école et la citoyenneté. Les politiques éducatives, à la recherche de réponses face à la santé publique et au défi de l’inclusion, confient à l’éducation physique et sportive un poids déterminant dans le parcours de chaque élève. Cette discipline, loin du statut accessoire, forge des générations entières à l’esprit d’équipe, à l’effort et au sens de l’autonomie.
Des méthodes pédagogiques en constante évolution
Aucune recette immuable dans la didactique de l’éducation physique. Dès le début du XXe siècle, la discipline traverse des débats scientifiques et pédagogiques continus. Les travaux de Pierre Arnaud et Jacques Gleyse illustrent les évolutions qui découlent des apports des sciences de l’éducation et du foisonnement des recherches universitaires.
Les enseignants, depuis plus d’un siècle, naviguent entre les méthodes dites « naturelles » et des approches plus scientifiques du mouvement corporel. Les années 1970 marquent une étape clé : l’observation du geste, l’attention au contexte social, à la diversité des élèves s’intègrent peu à peu dans la formation et la pratique enseignante.
À présent, la pratique pédagogique place l’élève au centre. L’adaptation, la personnalisation, la co-construction des savoirs deviennent la règle, la réflexion sur les gestes professionnels s’installe durablement. Les enseignants s’enrichissent des expérimentations, des retours d’expériences et d’analyses de terrain régulièrement partagés par la communauté.
Pour visualiser l’évolution en cours, on peut la résumer selon ces grands axes :
- Les sciences de l’éducation orientent le choix des approches didactiques contemporaines.
- Les recherches de figures comme Pierre Arnaud et Jacques Gleyse inspirent les transformations du champ.
- L’innovation pédagogique s’appuie sur des bases scientifiques solides et la valorisation des pratiques éprouvées.
La formation continue a pris une part centrale dans la profession : publications universitaires, échanges de pratiques, mutualisation des retours d’expérience forment désormais l’ossature d’une culture professionnelle progressiste. L’EPS tire ainsi parti d’un dialogue constant avec la recherche et reste attentive aux évolutions de la société et aux attentes des jeunes générations.
L’EPS aujourd’hui : un enjeu majeur pour le développement des jeunes
Dans le quotidien des écoles et collèges, l’éducation physique et sportive (EPS) s’impose comme l’une des pierres angulaires du parcours éducatif. Les dernières études en sciences de l’éducation montrent les bénéfices réels de l’activité physique sur la réussite scolaire, la santé mentale et le sentiment d’appartenance à un groupe. Que ce soit à travers les sports collectifs, les activités individuelles ou les pratiques extérieures, l’EPS influence profondément la façon dont chaque jeune appréhende son corps, l’effort, la confrontation ou la coopération.
Bien loin des logiques univoques de compétition, les enseignants ajustent aujourd’hui leurs pratiques pour intégrer à la fois les avancées des sciences de l’éducation et les réalités de tous les élèves. Le but ne consiste plus simplement à se dépasser, mais à forger la confiance, la capacité à interagir, à respecter les règles, à prendre des initiatives et à faire face à l’imprévu.
Les axes d’action prioritaires de l’EPS à l’école se déclinent ainsi :
- Renforcement de la motricité et développement global des capacités physiques
- Encouragement à l’autonomie et à la prise de décisions réfléchies
- Transmission du respect de soi, des autres et de l’environnement collectif
L’EPS, c’est aussi le laboratoire des premières alliances, des rivalités spontanées, des gestes de coopération ou de dépassement de soi. La discipline s’impose comme une force structurante pour l’apprentissage du vivre-ensemble, l’adaptabilité et l’éclosion de citoyens responsables. Les textes officiels le rappellent sans détour : l’enjeu est de préparer chaque jeune à s’insérer dans une société qui évolue vite, solidaire et pleine de défis. Certains centres d’expertise continuent de renouveler l’analyse du rapport entre l’EPS et la société, preuve que la réflexion ne se tarit jamais.
En définitive, l’histoire du mot EPS se poursuit, vivante et mouvante, chaque fois qu’un enseignant accompagne une nouvelle génération vers l’envie d’avancer ensemble, de grandir par le corps et avec les autres.


